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numidie … ma terre.

Mahfoud Ferroukhi. Archéologue : « Les rois numides étaient de grands mécènes » Mahfoud Ferroukhi. Archéologue : « Les rois numides étaient de grands mécènes » De Gaïa à Ptolémée, en passant par Massinissa, Jugurtha ou Juba II, la saga d’une dynastie prestigieuse et pourtant méconnue.

-  Vulgariser l’histoire met parfois en balance l’intérêt culturel et la rigueur scientifique. Comment avez-vous géré cet équilibre dans votre ouvrage* ?

Je n’aime pas beaucoup le verbe « vulgariser », souvent entendu, à tort, comme « rendre vulgaire ». Je me suis efforcé d’être didactique. Il s’agit d’un beau livre et non d’un essai, et il fallait que la lecture soit aisée et agréable au possible pour toucher le public le plus large. Cela fait 25 ans que je travaille sur Juba II et son fils Ptolémée, et ce travail m’a amené à m’intéresser à la dynastie à laquelle ils appartenaient. Mon plus cher vœu est, qu’à travers ce livre, le grand public puisse découvrir ces rois et leur époque, mais surtout que cela suscite des vocations de recherche chez de jeunes Algériens pour approfondir sans cesse notre connaissance.

-  Vous affirmez que les rois numides ont été occultés par le « romano-centrisme ».

Le romano-centrisme a touché de nombreux peuples, dont les Numides. C’est une branche de l’européocentrisme. Notre histoire a été longtemps produite dans un cadre colonial. Les archéologues et historiens avaient alors une idéologie qui les rapprochait du monde dit civilisé et les éloignait du monde dit barbare. Il y avait une politique et une volonté de tout ramener à Rome alors que les Numides avaient une civilisation distincte.

-  Vous évoquez aussi une manie algérienne de réinterpréter l’histoire à partir de faits récents…

D’abord, on prend de moins en moins le soin de vérifier les sources. Je ne généralise pas, mais certains faits, traités durant la colonisation, sont repris tels quels aujourd’hui, sans s’assurer de leur véracité. Beaucoup d’éléments de l’historiographie coloniale ne reposent que sur de simples hypothèses. Stéphane Gsell dit par exemple que Juba I a été traîné dans les rues de Rome, attaché au char de César. Ce n’est pas vrai mais certains Algériens le reprennent pourtant. Très peu d’Algériens ont écrit sur cette période. Et aujourd’hui, il s’en trouve certains pour penser que Massinissa était un traître. Il s’est effectivement allié aux Romains à un moment donné, mais c’était stratégique. Il était amoureux, en tout cas prétendant, de Sophonisbe, princesse de Carthage, que son père a finalement mariée à Syphax. Et Massinissa s’est trouvé, par cette alliance, pris en étau entre le royaume de Carthage et celui de Syphax qui rêvait d’annexer Cirta.

-  Selon vous, les rois numides étaient attachés à « la liberté de pensée de leur peuple » et à l’indépendance de leur royaume, n’est-ce pas un peu idyllique et généralisateur ?

Quand on se penche sur Gaïa, le père de Massinissa, sur Hiempsal, Jugurtha, Juba I, puis Tacfarinas… ce sont des gens qui étaient contre l’occupation romaine et se sont toujours battus pour l’intégrité de leurs territoires.

-  Mais la plupart les grandes figures de résistance étaient hors du pouvoir, comme Tacfarinas, ou en avaient été évincés, comme Jugurtha…

Pour le premier, oui, mais pour Jugurtha, non. Certaines sources avancent qu’il était le fils d’une concubine. Il n’empêche, il état de sang royal par son père. Quand Micipsa est mort, il a lutté contre ses deux cousins, inféodés à Rome, pour prendre le pouvoir. Il est parti à Rome négocier avec le Sénat. Quant à Massinissa, sa stratégie s’inscrivait fondamentalement dans une optique d’indépendance et de recherche d’un certain bien-être de son peuple.

-  On trouve des faits curieux et amusants dans votre livre, comme cette histoire de profil gauche des rois sur les monnaies, puis, à partir de Juba I, le passage au profil droit…

Je n’ai pas encore trouvé d’explication. Cela peut-être un simple phénomène de mode comme quelque chose de profond. Je ne suis pas numismate, et il faudrait aller plus en détails dans la recherche. Mais ce n’était pas le but de ce travail. J’ai tenu à signaler ce point comme d’autres demeurés inexpliqués et qui peuvent s’avérer ensuite seulement anecdotiques. Que voulez-vous, les lignes de l’histoire sont en pointillés et non en lignes continues !

-  Vous relevez plusieurs fois le haut niveau culturel de ces rois, en tout cas, leur rôle actif de mécènes…

Absolument, mon premier chapitre s’intitule Entre le glaive et la plume, le glaive pour la liberté et la plume pour le savoir et l’art. Ils ont été de grands mécènes. Micipsa avait fait venir à Cirta des musiciens et des philosophes, pour la plupart grecs, et il avait constitué une immense bibliothèque. Elle comprenait une grande partie du fonds de la bibliothèque de Carthage qui équivalait, selon certaines sources, à celle d’Alexandrie. Et c’est finalement Juba II, par son grand-père Hiempsal II, puis son père Juba I, qui a récupéré ce fonds qui devait être à Cherchell et dont on a perdu la trace.

Plusieurs rois numides ont écrit, comme Hiempsal, avec les Libri Punici, les Livres Puniques. Juba II a, pour sa part, énormément écrit dans tous les domaines, faisant preuve d’un esprit scientifique et littéraire brillant et reconnu. Il écrivait en grec. Tenez, Auguste l’empereur est réputé pour avoir renforcé l’héritage grec de Rome et on avance que Juba II l’imitait. Mais tandis qu’Auguste ne faisait que copier Athènes, Juba II était un créateur et un auteur qui écrivait en grec. Micipsa et lui, principalement, ont été de grands mécènes de l’art et je dirai de l’art numido-grec.

-  En allant vers l’héritage grec, n’avaient-ils pas la volonté de se placer symboliquement d’égal à égal avec Rome qui se targuait d’être légataire de ce patrimoine ?

Probablement. Ils entretenaient des relations fournies, très intimes mêmes avec le monde grec. Il y a eu des alliances et aussi une entraide entre le monde hellénistique et le monde numide. Pourquoi par exemple Alexandre le Grand n’est pas venu en Afrique du Nord après l’Egypte et a préféré aller vers l’Asie ? On se le demande. On retrouve en Grèce, à Athènes, Rhodes, etc. de nombreuses dédicaces aux rois numides, des statues, des inscriptions, qui parlent de Massinissa, Micipsa, Jugurtha… On y a même trouvé des statues de Juba II et de son fils Ptolémée. Qu’est-ce qui aurait bien pu pousser les Grecs à leur accorder un tel intérêt sinon des relations très fortes et un prestige certain ?

-  Vous parlez d’un « art spécifique aux royaumes de Numidie » ? En quoi l’était-il ?

Les Numides ont repris beaucoup de l’art grec, mais pour ce qui est des styles et des touches visuelles disons, on voit bien qu’elles ne sont pas gréco-romaines et apparaissent comme autochtones. Les techniques différaient. Mais ce sont des points qui mériteraient d’être approfondis à travers des programmes de recherches soutenus en histoire de l’art.

-  Vous parlez des femmes de cette dynastie : la tragique Sophonisbe, Cléopâtre de Séléné la prestigieuse, Glaphyra la méconnue… Toutes les reines étaient étrangères ?

On ne sait pas avec qui était marié Massinissa ou Micipsa. Jugurtha avait épousé la fille de Bocchus, celui qui devait le trahir, mais on ne sait rien d’elle. Et on connaît celles que vous avez citées parce que les chroniqueurs grecs et romains les connaissaient déjà. C’est pourquoi toutes les femmes de la dynastie numide peuvent paraître étrangères. Cela dit, c’était peut-être la réalité, car dans l’Antiquité comme plus tard, chez nous et ailleurs, les rois épousent des reines et recherchent ainsi des alliances stratégiques.

-  Vous terminez sur le dernier de la lignée, Ptolémée de Maurétanie, fils de Juba II. Il était pressenti pour être empereur de Rome. Vous écrivez : « Le monde aurait-il été différent ? ». Je vous le demande…

J’ai la conviction intime que oui. Ptolémée a été assassiné parce qu’il avait de fortes chances de devenir empereur. Il était le petit-fils de Marc Antoine tandis que son ennemi, Caligula, n’en était que l’arrière-petit-fils. Il tenait par son père le royaume de Maurétanie, de Sétif jusqu’à l’Océan Atlantique. Il aurait pu devenir empereur de Rome, soit d’un empire encore immense qui couvrait la Méditerranée et l’Europe avec Carthage annexée, ce qui lui aurait permis de rattacher tous les morceaux de l’actuel Maghreb. Héritier, de plus, de la lignée pharaonique par sa grand-mère maternelle, Cléopâtre, il était donc potentiellement, avec cette triple filiation, le maître du monde.

-  Comme on dit, du « monde connu » à cette époque…

S’il était monté sur le trône à Rome, l’histoire aurait pu connaître d’autres évolutions. Mais ce ne sont là que supputations et, là, je dois rappeler l’adage si sage qui veut que l’histoire ne s’écrit pas avec des « si ».

Nos ancêtres les rois numides ou les Aguellids des Imazighen (du 3e siècle av J.C. au 1er siècle). Mahfoud Ferroukhi. Ed. Dalimen, Alger. 2009. 150 p.

Repères :
Né en 1953 à Alger, Mahfoud Ferroukhi a étudié l’histoire de l’art et l’archéologie à l’université Aristote Thessaloniki (Grèce) avant de soutenir en 2001 un doctorat dans les mêmes disciplines à l’université Paul Valery de Montpellier. Depuis 1991, il est chargé de mission pour la coopération internationale (Maghreb) à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (France) et responsable scientifique d’opérations. Il a longtemps travaillé au ministère de la Culture avec des responsabilités relatives à l’archéologie et aux musées. Son ouvrage sur les rois numides a été illustré par sa nièce, Nadia Ferroukhi, photographe internationale, avec un magnifique dessin de son frère, le peintre Noureddine Ferroukhi, représentant le suicide de Sophonisbe. Mahfoud Ferroukhi prépare actuellement un ouvrage sur Juba et Cléopâtre.

el watan du 26/12/2009

Les Royaumes Amazighs aux III ème et II ème siècles avant J . C, Syphax et Massinissa

Les origines des royaumes amazighs

Elles semblent remonter à une très haute antiquité , malgré le silence des sources. A en croire la littérture légendaire , les marins phéniciens durent s’entendre avec des rois africaines quand ils voulurent s’établir sur les côtes de la Tunisie actuelle . le récit de la fondation de Carthage fait état d’une demande que le roi des libyens maxitan adressa à la princesse Elissa. Ce roi, d’après Julien , s’appelait Hiarbas . servius rapporte les mêmes faits et ajoute qu’Elissa ayant repoussé la requête royale, Hiarbas déclara la guerre aux Cartaginois . D’après cet historien , invoquant à l’appui de cette thèse le témoinage d’une « histoire punique » , Elissa aurait été de mandée en mariage par d’autres rois berbères , notamment par le roi lopas . En ce qui concerne les noms Hiarbas ou Iarbas , il faut tout d’abord remarquer leur historicité en tant qu’ anthroponymes attestés en Afrique pour Hiarbas ou Iarbas ?

On hésite entre les deux origines , libyque ou phénicienne, bien que la terminaison en « as » puisse convenir davantage à un anthroponyme libyque. En faveur de l’historicité du nom Hiarbas, on peut invoquer un texte de Tite – live concernant un roi numide du 1er siècle av . J – C qui s’appelait Hiarbas . pour Iopas ou Iopan , il semble que nous ayons là une transcription du nom libyque Iuba, qui fut porté par des rois africains . l’un d’entre eux fut battu à Thpsus en 46 av . J – C par l’armée de ce sar en temps que pompénins ; sur les monnaies, le nom de ce roi est écrit « Iubai » . Mais , l’historicité des anthroponymes n’implique pas forcément l’historicité des personnages ainsi nommés . Y aurait – il en fait des rois africains au temps où la marine phénicienne commença à fréquenter les côtes nod – africaines ? les traditions relative à ces faits ne remontent pas au – delà du II éme siècle av . J – C ; elles semblent avoir été diffusées dans le monde romain à l’occasion des guerres puniques . Timée de Taormine , qui vivait en sicile au temps de la I ère guerre punique , et bien que le recours à la base des sources carthagionoises orales et écrites lui fût théoriquement possible , ne pouvait alors réussir à dégager la réalité historique de la légende dans les récits qu’on lui faissait ou qu’il lisait à propos de la fondation de Carthage et des événements qui avaient marqué l’accomplissement d’une si grande entre prise. Et l’amour du pittoresque et du dramatique, ne devaient pas manquer d’altérer la réalité historique en la magnifiant peut – être le pathétique. C’est dire que la littérature antique n’est pas en mesure d’établir l’historicité du roi Hiarbas qu’on simple création légendaire.

Cependant , G . camps reconnaît que , parmi les personnages à porter le titre de roi dans la littérature classique , Hiarbas est le plus ancien . Il rattache le nom de ce roi à une racine libyque et considère vraisemblable l’existence de chefs libyens avec lesquels les marins phéniciens eurent très tôt maille ; mais le récit de Hiarbas revête à sec yeux un caractère légendaire.

Certes, l’historien doit se méfier de l’argument du silence ainsi que des constructions non fondées ; l’hypothèse d’une certaine organisation sociale et politique en Afrique au temps des premières navigations phéniciennes n’est toutefois pas à rejeter .

Qu’il y ait déjà à la tête des tribus africaines des chefs auxquels on reconnaissait une autorité supérieure en temps de guerre pour administrer les affaires de la tribu, voilà une hypothèse qui paraît très vraisemblable et même probable . Grâce à la documentation égyptienne, nous savons que les tribus libyennes qui vivaient au voisinage de l’Egypte étaient, dés la fin du II éme millénaire, dirigées par des rois .

Au V éme siècle av . J – C. Hérodote connaissait des rois libyens . Non contents d’avoir fondé Cyrène, les Grecs voulaient s’étendre davantage en Afrique et occuper d’autres territoires, ce qui suscita l’opposition des libyens. « Amputés d’une bonne part du territoire, les libyens du voisinage et leur roi qui avait le nom Adrian, se jugeant dépouillés leur pays et gravement offensés d’Egypte Apriès .

Dans un autre passage , Hérodote signale l’existence de la royauté libyenne, il s’agit cette fois des Adyrmachides dont les territoires confinent avec le royaume des pharaons . Parlant des us et coutumes de cette population libyenne, il écrit : « Ils présentent au roi, c’est lui qui la déflore » . Ces deux textes peuvent être invoqués en faveur de l’existence d’une royauté libyenne dans les territoires voisins de Egypte et dans les environs de Cyrène.

Pour Adrican, roi des libyens dont les territoires étaient dangereusement menacés par les Grecs, Hérodote pouvait s’informer à Cyrène où la situation des territoires voisins devait être parfaitement connue. Si , pour partie de l’Afrique du nord , l’historien peut retrouver les traces d’une royauté autochtone sans doute dés la fin du second millénaire et surtout à partir du Vème siècle av . J. – C. – on peut retenir de même l’hypothèse d’une organisation politique ou même d’une royauté également autochtone dans la région que fréquentaient les marins phéniciens depuis la fin du

II ème millénaire. Il en résulte que, malgré l’absence de tout argument objectif sérieux, l’hypothèse d’un roi libyen qui aurait gêné les fondateurs de Carthage ne paraît pas tout à fait gratuite ; sous dirions qu’elle est possible, sans pour autant reconnaître l’historicité des faits rapportés au sujet d’Hiarbas ou de Iopas et de sa passion pour Elissa.

C’est avec le IV ème siècle av . J- C. que la situation commence à s’éclaircir, notamment pour la Numidie et la Mauritanie ; un carthaginois ambitieux, Hannon , qui voulait s’emparer du pouvoir à Carthage par la force , aurait cherché des appuits auprès du roi des Maures . meme si cet épisode n’est pas mis en doute , ce roi nous demeure tout à fait inconnu. Que signifie d’ailleurs le terme « Maures » dans la bouche de julien, auquel nous devons cette tradition ? S’agit – il de tribus qui vivaient dans les territoires de Mauritanie telle qu’elle était connue dans l’histographie antique , c’est – à – dire les régions occidentales de l’Afrique du nord, en gros le Maroc et l’Algérie occidentale ? II convient de signaler d’autre part les doutes qui entourent l’établissement de ce texte de Julian . Pourtant , un témoignage archéologique militerait en faveur de l’existence de chefs qui devaient régner sur le Rharb au IV ème S. av . J – C . il s’agit du tumulus dit Sidi Slimane.

C’était sans doute la sépulture d’un potentat de Maurétanie qui vivait sinon à la fin du IV ème S. av. J.- C . Nous savons d’autre part, grâce à Diorde de Sicile qu’à la fin du IV S. av. J.- C . un roi libyen, Aliyamas, régnait sur un royaume dont les frontières touchaient les territoires carthaginois. Agathocle, le tyran de Syracuse, checha son alliance alors qu’il ravageait les terres carthaginois entre zeugis et la ville d’Hadrumète, c- à – d entre le front zaghouan et la ville de Sousse, dans le Sahel tunisien . les exégètes de ce texte de diodore conclurent que le royaume d’Ailymas devait se situer en partie en Tunisie occidentale, dans la région du Tell ; la ville de Dougga y était comprise. Diodore de Sicile affirme qu’une alliance fut d’abord négociée et conclue entre Agathocle et le roi Ailymas, mais qu’avant la fin de l’expédition , le tyran de Syracuse, constatant la trahison du monarque berbère , voulut le châtier ; Ailymas trouva la mort au cours de la bataille. Les événements se situeraient entre l’été de 310 av . J.-C. dans l’ensemble , l’historiographie contemporaine ne conteste pas l’historicité de ce roi de Numidie. G. et Colette picard reconnaissent en Ailymas « un chef de quelque importance » .

G. Camps le qualifie, tout comme lui accordait l’ordre de sicilee , le considérant d’autre part comme le plus ancien représentant connu de la dynastie qui régnait en Numidie orientale aux III ème et II ème av. J.- C . il s’agit plus précisément de la dynastie massyle, à laquelle appartient Massinissa . Pour G . camps, rien n’empêche de supposer un lien de parenté entre Ailymas et Massinissa : le premier serait l’un des ancêtres du second. Il faut cependant attendre la deuxième moitié du III ème siècle av. J.- C . pour que l’histoire permette de saisir les royaumes berbères en plein jour.

C’est alors seulement que les Etats constitués surgissement aux yeux de l’histoire . jusque là notre information sur les royaumes berbères se distingue par caractère hypothétique, sa disparité et sa discontinuité . A partir du III ème siècle av. J.C. l’information sur ces royaumes s’intensifient et se précise. Désormais nous sommes en mesure de connaître les royaumes, leur localisation, la dynamique de leurs frontière , les rois , leurs portraits , leurs prérogatives, leurs options politiques – sain si que le sort qui leur fut réservé. Entre autres conséquences des guerres puniques, une vive lumière fut progetée sur la terre d’Afrique et notamment sur les royaumes berbère déjà constitués. La aussi, l’histoire nous met devons le fait accompli et ne facilite point la reconstitution de l’expérience. Il ne s’agit certainement pas d’une génération spontanée. Les royaumes berbères ne sauraient être considérées comme des Etats champignons « qui poussent en une nuit et moisissent en une matinée », pour reprendre l’expression de E. F. Gautier au sujet de l’Etat maghrébin. L’exégèse du texte et du monument laisse croire que les royaumes berbères , qui semble appaître au III S. av. J.-C. Comme le soleil à l’horizon ont été le résultat d’une lente et très longue gestation dont nous ne pouvons pas hélas reconstituer les étapes ni même tracer le profile à grand traits. L’Etat des royaumes berbères au III S. av. J. -C. avec leur frontières, leurs instituons, leur organisation municipale, leurs conflits internes et leurs différends avec leurs voisins , tout cela suppose une langue histoire, des traditions établies, des acquis capitalisés, une maturation qui implique une prise de conscience des emprunts à l’autre , des rejets et partant des contacts enrichissant, un dialogue avec soi et avec l’autre .

L’historien y – verra encore plus claire lorsqu’en particulier la documentation archéologique aura été classée selon des critères chronologiques précis, condition sans laquelle il n’y a pas moyen de saisir l’évolution et d’assister à la genèse du fait . Or , pour le cas précis, il est nécessaire de faire le bilan de la documentation dispersée dans les musées, les dépots et les collections privées . Ils faut poursuivre les fouilles dans l’objectif serait la connaissance des royaumes berbères . Mais , en attendant , que peut – on – en dire ? A partir du IIIème S. av. J. C . trois royaumes nous sont bien connus : ils se répartissent la Mauritanie , la Numidie masaesyle et la Numidie massyle.

Journal Tamazight ( aynun « 48 » 1999.)
sans la permission de :www.afrique-du-nord.com

HISTOIRE D\’UNE GRANDE REINE AMAZIGHE

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INTRODUCTION. Jamais sans doute un personnage historique n\’a fait l\’objet de tant d\’interprétations. La reine Dihya est en effet plus qu\’une reine au comportement exemplaire et héroïque. Elle est un symbole de résistance, et habite l\’imaginaire des Imazighen. Son nom n\’est même pas bien établi : elle s\’appelait peut-être Dahya, Damya ou Kahia. Bien des interprétations la concernant ne sont pas sans arrière-pensées idéologiques. Pour les Occidentaux, il s\’agit d\’une reine mythique, comme s\’il fallait minimiser son combat. On la dit chrétienne dans le même but, comme si elle présageait de la domination coloniale, alors qu\’elle fut au contraire l\’exemple du refus de la soumission. Les historiens arabes la surnommèrent Kahina, ce qui veut dire la prophétesse, au sens noble, mais aussi péjorativement la devineresse, la sorcière pour certains. Certains la déclarèrent de religion juive pour montrer qu\’elle était une ennemie de la foi musulmane, ce qu\’elle fut effectivement, mais certainement pas en termes religieux. Quant aux juifs, ils l\’admirèrent, faisant un parallèle avec Déborah, la princesse mythique qui réveille le peuple. Les Imazighen eux-mêmes ont sans doute exagéré le personnage, puisqu\’on lui prête parfois l\’âge, de toute évidence très exagéré, de 127 ans à sa mort ! Dans cette page nous avons voulu avant tout faire la part de la réalité historique si difficile soit-elle à connaître et les légendes. Dihya est effectivement un exemple de courage hors du commun. Chef politique hors pair, elle était aussi une femme qui su protéger ses enfants. LE NOM DIHYA OU KAHINA Dihya, Dhaya ou Damya ? Les sources divergent et on ne connait pas son vrai nom. Si on retient Damya, ce prénom vient sans doute du verbe edmy en tamazigh, qui signifie devineresse. En

LA REINE DIHYA (DITE KAHINA).

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Chaouias Tacheldit, Dihya signifie \ »la belle\ ». On a souvent appelé la reine Dihya Tadmut ou Dihya Tadmayt. Tadmut/ Tadmayt signifie gazelle. Les imazighen avaient coutume de prendre comme prénoms, des noms animaux. Dyhia Tadmut pourrait signifier tout simplement \ »La belle gazelle\ ». En ce qui concerne le surnom de Kahina, il est manifestement arabe. Cependant, si certains historiens arabes et juifs la décrivent comme un personnage haïssable, il n\’est pas certain qu\’il soit péjoratif. Kahina a été souvent interprété comme signifiant sorcière. La réalité est différente. A, l\’origine, le terme, qui donne aussi les prénoms féminins Karine et Karina, signifie en grec \ »être pure\ ». De là en Hébreu, la dérivation Cahen, Cohen, qui signifie prêtre ou prêtresse, donc homme ou femme pur et le prénom français Corinne qui signifie femme pure. On sait qu\’en Afrique du Nord, toutes les prêtresses subissaient un rituel de purification, qui semble être une tradition d\’origine animiste. En arabe, le dérivatif Taher, qui vient de Kahin, a le même sens. Ce surnom s\’appliquait aux prophètes et poètes avant l’islam et il n\’est pas péjoratif. Il n\’est pas étonnant que Dihya se soient vu donner à la fois les qualités de Reine et de Prêtresse. Les anciens Aghellid, c\’est à dire les rois, avaient aussi un pouvoir spirituel.

LES ORIGINES DE DIHYA. On ne sait presque rien de son origine. Nous ignorons sa date de naissance. Ce qui est certain, c\’est qu\’elle originaire de la tribu Djawara ou Jeroua donc une tribu Zénata, dont le mode de vie était pastoral et semi-nomade. Elle est peut-être la fille de Mélag, Roi des Aurès. Selon Ibn Khaldoun, elle serait une Zénata de la branche Madaghis (ou Badaghis). Sa généalogie serait la suivante : Louwa le Grand —> Nefzawa —> Banou Yattofene —> Walhassa —>Dihya. Ces hypothèses contradictoires ont au moins deux points communs. La reine Dihya était une noble et elle était originaire de l\’Aurès, sans doute descendante d\’une très ancienne lignée amazighe. Ceci explique comment elle parvint à la royauté. Il semble que son pouvoir lui fut donné par un conseil de tribus, ce qui était courant à l\’époque. Grâce à son intelligence remarquable, elle organisa une confédération, regroupement de tribus, ce qui était courant face à un péril grave. La légende dit aussi qu\’elle aurait été d\’une beauté éblouissante. Ce genre de description, basé sur l\’admiration, doit être pris avec circonspection. Il est courant de magnifier un personnage important, et à plus forte raison une femme, par la beauté. On sait que c\’est à un âge avancé qu\’elle est amenée à lutter contre les musulmans. Elle était

sans doute âgée au moins de quarante ans (plus probablement cinquante ou soixante ans, on ne sait). LA RELIGION DE DIHYA On ne sait pas précisément sa religion. Peut-être fut-elle chrétienne ou juive, mais elle a pu être également animiste. Ce point est très controversé. Nous donnons ici quelques éléments de discussion. C\’est Ibn Khaldoun qui émet l\’hypothèse qu\’elle était juive. Mais on peut raisonnablement penser qu\’elle était animiste : L\’histoire des juifs d\’Afrique du Nord est relativement bien connue à cette époque. Les communautés étaient très restreintes. Elles étaient acceptées, mais on ne voit pas comment une reine juive auraient pu avoir le pouvoir. Il n\’y a jamais eu de rois ou de reines juifs dans les Aurès d\’après les documents historiques. Par ailleurs l\’invasion musulmane fut accompagnée de l\’implantation de juifs, qui assumaient les métiers interdits aux musulmans : banquiers, certains métiers du commerce, et surtout forgerons. Ces métiers étaient absolument indispensables à l\’armée musulmane, et à l\’administration des territoires conquis. L\’Islam, à cette époque, les protégeait. Si Dihya avait été juive on ne voit pas pourquoi elle aurait combattu les musulmans. Ce n\’est pas pour rien que les historiens juifs l\’ignorent ou, au contraire, la décrivent comme une redoutable ennemie. Il nous semble plus logique de

penser que lorsque Ibn Khaldoun la dit juive, il veut tout simplement dire qu\’elle appartenait à une religion existant avant l\’Islam. On a qualifié à tort la reine touarègue Ti Hinan de chrétienne de la même manière. La découverte de son tombeau a montré que cette reine était animiste. Quelque soit la rigueur d\’Ibn Khaldoun, on peut penser qu\’il n\’avait pas les moyens de déterminer exactement, plusieurs siècles après, la religion de Dihya. Prétendre qu\’elle fut chrétienne se heurte à d\’autres difficultés. A cette époque, le christianisme s\’était effondré depuis longtemps en Afrique du Nord. Le seul royaume chrétien restant était celui des Djeddars, dont on ne sait pas grand chose sinon que les Byzantins cherchèrent sans succès à s\’en faire un allié. Les Byzantins tentèrent d\’imposer un christianisme d\’état, ce qui provoqua une guerre entre eux et les Imazighen qui dura plusieurs siècles. Or, les Imazighen laissent au départ musulmans et byzantins s\’entretuer. Si elle avait été chrétienne, Dihya se serait probablement alliée au Byzantins, d\’autant que la révolte de Koceilia contre les musulmans, quelques dizaines d\’années auparavant, devait encore être dans toutes les mémoires. On a affirmé aussi que Dihya était adoratrice de Gurzil, une divinité amazighe représentée par un taureau. Si le culte du Taureau, symbole de virilité et

de puissance, est connu en Afrique du Nord dans l\’Antiquité, aucun élément historique ne prouve que Dihya en fut une prêtresse. On peut donc penser que Dihya était très probablement animiste, mais sans que l\’on connaisse vraiment le culte auquel elle appartenait. Cependant, faute de preuves archéologiques, nous nous garderons bien de nous avancer plus. Selon la légende, elle vivait dans un somptueux palais. A plusieurs reprises, on a pensé l\’avoir trouvé, mais apparemment sans succès pour l\’instant. ÉLÉMENTS HISTORIQUES Voici ce qui généralement est admis par les historiens de l\’histoire de Dihya: A son époque, une guerre oppose les musulmans, dirigés par Hassan d\’Ibn en Nu\’man, les chrétiens byzantins, qui tentent de préserver leurs possessions dans cette région, et les Imazighen, habitants des lieux. Ces derniers sont d\’abord divisés sur la conduite à tenir. La Reine Dihya parvient à les rassembler, par son pouvoir de conviction et sa grande intelligence pour lutter contre l\’invasion musulmane. Le résultat ne se fait pas attendre, puisqu\’en 697, sous son commandement, ils écrasent l\’armée d\’Ibn en Nu\’man. Celui-ci doit livrer bataille près de l\’Oued Nini, à 16

km d\’Aïn al Bayda. Les troupes imazighen font tant de victimes que les Arabes appelèrent le lieu \ »Nahr Al Bala\ », ce qui se traduit par \ »la rivière des souffrances\ ». On dit que la rivière était rouge du sang des combattants arabes. Après cette victoire les Imazighen poursuivent les musulmans, et les obligent à se réfugier dans la place forte de Gabès. Le calife Malik rappelle alors ses troupes en Tripolitaine (l\’actuel nord de la Libye). Ibn Khadoun donne dans sa version des détails étranges sur cette première bataille. Il prétend notamment que les Imazighen auraient posséder des chameaux de combat. Si cela a été le cas, ceci signifie qu\’ils étaient alliés à une tribu saharienne, ce qui n\’est pas établi. Si de telles alliances sont connues lors de la lutte contre les byzantins, dans les siècles précédents, elles ne sont pas établies lors de l\’invasion musulmane. Il indique également que les Imazighen auraient capturé quarante musulmans et les auraient laissé rejoindre leur camps, à l\’exception de Khaled, que la reine aurait décidé d\’adopter. Ce récit lyrique très beau, reste lui aussi sujet à caution. On ne comprend pas pourquoi les Imazighen n\’auraient pas gardé les musulmans en otage, pratique courante à l\’époque. Après cette défaite cuisante, les musulmans décident de concentrer leur effort de guerre contre les chrétiens byzantins. En 695, les Byzantins reprennent Carthage aux musulmans. Ils y restent seulement trois ans, avant d\’en être définitivement chassés en 698. La même année, Ibn en Nu\’man fonde Tunis. En fait, les Byzantins sont obligés de lâcher prise, préoccupés par des tensions au nord de .

leur empire. La montée en puissance des royaumes chrétiens européens constituent en effet une menace pour eux encore plus grave que l\’invasion musulmane Le royaume de Dihya reste alors le seul obstacle contre la progression des musulmans à l\’ouest et Hassan Ibn en Nu\’man reprend l\’offensive contre les Imazighen. Conscient de la forte résistance qu\’il va rencontrer, il entreprend une conquête systématique du pays. Possédant Carthage et la nouvelle ville de Tunis, il dispose enfin de solides bases arrières. Dihya se trouve alors forcée d\’appliquer une politique de terres brûlées. Devant eux, les musulmans ne trouvent qu\’un pays détruit. Une partie de la population n\’apprécie pas cette politique, encore que ceci ne soit pas historiquement prouvé. Ibn Al Nu\’man en tire partie : il obtient des renforts du calife Abd al-Malik en 702. Son armée compte alors probablement plus de 50 000 combattants. Face à une telle force, Dihya n\’avait d\’autre choix que cette politique désespérée. Après deux ans de guerre, la bataille finale a lieu en 704, à Tabarqa. Dihya envoie auparavant ses deux fils rejoindre le camp musulman, afin de préserver les intérêts de sa famille. Ceci signifie que, loin de se renier, elle se place au contraire comme un chef de guerre, qui privilégie son combat et se libère ainsi de toute attache familiale. Il est probable qu\’elle savait son combat perdu mais loin de plier, elle accepte la mort avec un courage qui force l\’admiration.

La bataille de Tabarqa est finalement gagnée par les musulmans, mais ce n\’est pas victoire facile pour eux. Les Imazighen, bien que très inférieurs en nombre, opposent une farouche résistance. Ibn Khadoun décrit le combat comme particulièrement âpre et dit que les musulmans bénéficièrent \ »d\’une intervention spéciale de Dieu\ ». Ceci signifie que les Imazighen livrèrent sans doute un combat terrible, qui mis à mal les troupes musulmanes. Finalement, la reine Dihya est capturée et décapitée au lieu-dit Bïr El Kähina (Le puits de la Kahina). Sa tête est envoyée au calife Malik selon certains, jetée dans le puits selon d\’autres (*). Hassan Ibn en N\’uman fait preuve d\’un grand respect pour le peuple amazigh après sa victoire. Il ne fait pas de prisonniers et ne commet aucun pillage. Sa grande tolérance en fait d\’ailleurs l\’un des artisans de l\’islamisation des Imazighen.
LES FILS DE DIHYA Les deux fils de Dihya (Ifran et Yezdia) avaient rejoint le camp musulman avant la bataille. Certains auteurs ont vu là une trahison de leur part. C\’est à notre avis une erreur, puisqu\’il est clairement établi qu\’ils rejoignirent le camp adverse sur ordre de Dihya, et qu\’ils ne participèrent pas à la bataille de Tabarqa. Ils ne se convertirent à l\’Islam et n\’obtinrent un commandement militaire qu\’ensuite, lorsque Hassan Ibn en N\’uman se décida à conquérir le Maroc. Selon certains auteurs, Dihya avait également un fils adoptif du nom de Khaled, un

jeune arabe fait prisonnier lors de la bataille de l\’Oued Nini, qu\’elle aurait adopté. Même si on ne peut totalement exclure cette adoption, cette thèse nous semble douteuse, et la description qu\’en donne Ibn Khaldoun sujette à caution. Il a en effet affirmé qu\’elle partagea le lait de son sein entre Khaled et ses deux enfants légitimes, ce qui semble impossible pour une femme âgée. Mais il se pourrait qu\’il décrive une cérémonie d\’adoption qui était alors en vigueur, ou la femme montrait son sein au fils adopté. CONCLUSION. Longtemps encore, Dihya et ses fils susciteront des légendes. Ceci est sans doute dû autant à sa détermination de femme, insoumise jusqu\’au sacrifice d\’elle-même qu\’à la protection qu\’elle donna jusqu\’au bout à ses fils, en mère exemplaire. Symbole des femmes imazighen, elle est aussi le symbole de toute une culture, à l\’égal de Massinissa et de Jugurtha (*) Cette deuxième version nous semble la plus crédible, l\’usage des musulmans dans la guerre étant d\’en finir vite avec leurs ennemis. L\’envoi de sa tête au calife, qui fait penser à une sorte de tête de Méduse, donc maléfique, est probablement une invention de commentateurs. En revanche, en son souvenir, de nombreux puits seront ensuite nommé \ »puits de la Kahina\ » un peu partout en Afrique du Nord
Batna-Info-Avril-2009
sans la permission de:

http://www.chawiland.com/

Aux origines des Amazighs ou ‘Berbères

Réhabiliter Tamazight, c’est le faire dans toutes ses dimensions culturelles, linguistique, civilisationelle et identitaire. C’est dans cette perspective que s’inscrit cette communication portant sur l’histoire ancienne de l Afrique du Nord.
Connaître son Histoire, l’assumer pleinement en s’identifiant, cela permet de gérer son présent et son avenir. La méconnaissance de notre Histoire a fait que le peuple berbère s‘est véritablement identifié à tout sauf à lui-même. Kateb Yacine disait : « Nous sommes un peuple qui a pris le train en marche, nous ne savons pas d’où nous venons ni où nous allons, nous sommes des égarés. »

Nous possédons une Histoire riche et profonde. Depuis la nuit des temps nous ne cessons de nous trouver justement là où il faut être pour contribuer à l’évolution de l’humanité. Cela aurait pu être une source de fierté pour tous mais hélas, l’Histoire officielle s’est évertuée à occulter nos origines pour nous desservir.

Dans cet article nous allons remonter dans le temps à la rencontre de ce groupement humain auquel nous nous identifions, qui nous caractérise et qui fait que nous ne sommes pas « les autres ».

On a l’habitude d’appeler Histoire tout ce qui est le passé de l’Homme, cependant les spécialistes eux ont d’autres définitions que celle-ci. Il y a la préhistoire et l’Histoire. En facteur temps, la préhistoire est la période qui s’échelonne entre l’émergence de l’Homme en Afrique, plus précisément au Tchad, et l’apparition des écritures. La préhistoire occupe 99% du temps de l’humanité ; environ 6 à 7 millions d’années. L’Histoire, quant à elle, occupe seulement 1% de ce temps qui est l’équivalent d’environ quatre millénaires

L’Hstoire commence avec l’apparition des écritures qui ne sont pas connues au même moment chez tous les peuples. Les premières écritures sont apparues en Mésopotamie et en Egypte aux environs de 3500 ans avant J.C : les cunéiformes (forme de clous) en Mésopotamie et les hiéroglyphes (écriture sacrée) en Egypte .Le libyque, quant à lui remonte au dernier millénaire avant J.C.

La préhistoire est une science humaine qui a pour objet la reconstitution du passé de l’humanité depuis l’émergence de l’Homme en Afrique, au Tchad à l’apparition de l’écriture. Mais l’Histoire est aussi une science humaine qui se base sur l’analyse de l’archive écrite. Des peuples qui n’ont pas tout écrit ou peu et qui se retrouvent sans archives, n’ont-ils pas d’Histoire ?

Qui produit les archives ? Ce sont généralement les institutions et les Etats. C’est pour cela que des peuples comme le nôtre, non seulement ignore son Histoire mais se retrouve en marge de l’Histoire. Nous ne sommes pas évoqués comme objet de l’Histoire et nous ne sommes pas absents de l’Histoire, nous sommes seulement absents des archives. C’est Histoire des pouvoirs, des phéniciens, des romains …

Aujourd’hui, il est nécessaire et même impératif de chercher à reconstituer notre Histoire au dehors des pouvoirs. Il ne faut pas faire notre Histoire seulement sur la base du constitué (l’archive) qui relatait quelques événements mais aussi par l’étude de notre culture au présent et au passé. Les sciences tel que l’archéologie, l’anthropologie, l’ethnologie, … seraient d’un grand apport.

L’Homme est apparu pour la première fois en Afrique, au Tchad il y a environ 7 millions d’années. C’est donc à cet endroit que nos lointains ancêtres se sont émergés. Ils se caractérisent par la bipédie. L’Homme n’était pas ce que nous sommes aujourd’hui, nous sommes le produit d’un processus d’évolution. Ensuite, l’Homme s’est déplacé vers l’est, le sud et le nord. Ainsi, l’Afrique du Nord a été habitée par les premières générations de l’humanité. Il y a environ 2,5 millions d’années, les restes des plus anciennes manifestations culturelles de l’Homme, celles des galets aménagés, sont trouvées à Reggan dans le sud algérien et Ain Hanech près de Sétif. Son auteur est l’homo habilis (l’homme adroit). Il y a environ 1,5 millions d’années l’Homo Erectus (l’homme qui développa la station debout) prend la place de l’Homo Habilis et peut se permettre de s’éloigner davantage et de se différencier du singe.

En Afrique du Nord, l’Homo Erectus est celui de Ternifine, auteur des industries de bifaces et hachereaux ? Il découvre le feu vers 700.000 ans avant J.C.
Ensuite vint l’Homme dit « de Djebel Irhoud » auteur de la culture moustérienne. Le stade suivant est l’Homo sapiens sapiens ,celui qui sait et qui est capable de construire, de transformer des choses matérielles en abstraites, c’est l’Homme dit « de Dar Soltan », l’atérien qui est apparu antérieurement à 40.000ans avant J.C. Cet atérien a produit une culture originale différente des autres contemporaines apparues ailleurs .Cette civilisation a été découverte au lieu dit « Bir El-Ater » près de Tébessa dans les Aurès est caractérisée par une industrie d’outils à pédoncules. C’est une invention extraordinaire : pour la première fois de son existence, l’Homme, pour chasser, n’est plus en contact direct avec le gibier grâce à cette arme de jet. L’atérien occupe toute la superficie qui s’étend de l’Egypte à Atlantique et de la mer méditerranéenne au lac du Tchad. Curieusement cette civilisation atérienne recoupe totalement la Berbérie (Tamazgha) avec un léger rétrécissement de l’oasis de Siwa jusqu’au Sénégal.

Vers 22.000 ans avant J.C., un autre homo sapiens ; appelé ibéromaurisien, prend la place de l’atérien et occupe le littoral et le tell de l’Afrique du nord, c’est en faite l’Homme de Mechta Afalou, en raison de sa découverte dans deux gisements de Mechta El Larbi à Constantine et Afalou Bou Rmel à Bougie. Il est artiste et auteur de l’art figuratif le plus ancien en Afrique. Il a produit des figurines en terre cuite représentant des animaux datées entre 13000 et 14000 ans avant J.C, découvertes en 1988 par l’équipe Slimane Hachi, chercheur en préhistoire.

Cette découverte est capitale car tout le monde est persuadé qu’en Afrique du Nord l’art figuratif appartenait à la civilisation suivante, celle du capsien qui s’est développé aux environs de 9000 ans avant J.C. Le capsien existait en même moment que l’ibéromaurisien qui disparaît dans la masse pour laisser la place à des proto méditerranéens d’où nous tirons racine.

Au paléolithique l’homme collecte sa nourriture, au néolithique il l’a produit. Le néolithique c’est l’ère de la sédentarisation, de l’agriculture, de la céramique, la domestication des animaux et de l’art rupestre. En Afrique du Nord, la céramique remonte vers 9000 ans av J.C, elle est attestée à Mekni dans le Hoggar. Les gravures et peintures rupestres du Tassili et de l’Atlas Saharien qui retracent le mode de vie des populations à travers les différentes étapes du néolithique à l’aube de l’Histoire, constitue une bibliothèque à ciel ouvert. Ce bel ensemble est classé par les spécialistes en périodes :
1) Période des naturalistes : Ce sont des gravures les plus anciennes représentant des animaux sauvages de grandes dimensions, tel l’éléphant, la girafe, l’antilope et le rhinocéros. Parfois on peut voir à coté de ces gravures des chasseurs ayant des têtes masquées.
2) Périodes des têtes rondes : Ce sont des œuvres peintes de la phase ancienne comme celle des naturalistes. Elle est appelée ainsi en raison des têtes rondes des représentations humaines. On les rencontre au Tassili et appartiennent principalement à une population négroïde.
3) Période des bovidés : Les représentations sont uniquement celles de l’élevage. Le Sahara n’était pas ce qu’il est aujourd’hui, le climat était humide, l’eau et les pâturages en abondance.
4) Période équidiènne ou celle du cheval : Pour la première fois apparaissent des représentations artistiques où l’on voit des chevaux attelés à des chars à deux roues. L’Homme a besoin du cheval pour se déplacer, c’est le début de la raréfaction des points d’eau et des pâturages. Une scène artistique représente des troupeaux autour d’un puit d’où l’homme puise de l’eau à l’aide d’une poche en cuir, la désertification commence.
5) Période libyco berbère ou celle du chameau : Dans cette phase finale de la période du cheval et de la désertification, le cheval est remplacé par le chameau, mieux adapté aux conditions difficiles du Sahara. L’artiste aussi évolue et change de style dans ses œuvres, en schématisant. Dans ce nouvel art schématique le corps humain n’est qu’un agencement de figures géométriques. Ceci n’est qu’une introduction pour la préparation à l’écriture où, pour la première fois, on trouve à coté des représentations animales et humaines des caractères libyque.

La préhistoire prend fin avec l’apparition des écritures et la fondation des citées. Carthage fut fondée en 814 avant J.C.

Ramdane Lasheb
Archéologue et enseignant de tamazight à At-Dwala
sans la permission de : www.tamazgha.fr

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