Le Chaouia [tašawit], tacawit (Algérie)

Géographie et démographie

Le dialecte berbère de l’Aurès nommé tacawit en berbère, chaouia en arabe et en français, est le deuxième dialecte berbère d’Algérie après le kabyle par le nombre de ses locuteurs.
Le chaouia est parlé dans l’Est algérien : dans les Aurès et les régions avoisinantes (le massif du Boutaleb, le Bellezma, les Hautes plaines constantinoises et les monts des Nemencha) [voir carte en cours de réalisation], ce qui sur la base du découpage administratif actuel correspond totalement ou partiellement aux wilaya(s)* de Sétif, Batna, Biskra, Oum-el-Bouaghi, Khenchela, Tébessa, Souk-Ahras et Guelma.

Le nombre précis des locuteurs du chaouia n’est pas connu avec certitudes car :

- Les statistiques en Algérie ne prennent pas en comptes les langues maternelles et la seule statistique officielle algérienne (1966) faisant référence à la pratique du berbère ne portait que sur la wilaya de l’Aurès (a peu prêt l’actuelle wilaya de Batna) : les Chaouia des autres wilayas étaient considérés de facto comme arabophones exclusifs.

- Les locuteurs du chaouia sont en majorité bilingue (arabe dialectal/chaouia) et, jusqu’à récemment, ne mettaient pas en avant leur berbérophonie.

- Depuis la guerre d’indépendance, il y eut un exode rural en direction des grandes villes d’Algérie (Constantine, Annaba et Alger), de Tunisie et de France, qui a amené, parallèlement à une accélération de l’arabisation, la présence d’une berbérophonie en dehors de sa localisation traditionnelle.

- L’enquête la plus fiable et la plus précise dont nous disposons (Doutté/Gautier 1913) donnait un pourcentage de 8.5 % de la population algérienne comme étant berbérophone Chaouia ; reporté sur les donnés du dernier recensement algérien de 2005 (33,8 millions d’habitants), ce pourcentage permettrait d’estimer à 2.870.000 de locuteurs du chaouia actuellement.

En tenant compte des diverses données et tendances évoquées précédemment, on pourra évaluer le nombre de locuteurs du chaouïa au minimum à deux millions personnes.

Quelques caractéristiques du dialecte

Le chaouia se subdivise en divers parlers qui semblent correspondre aux entités tribales traditionnelles. Ces parlers sont très proches de ceux du reste de l’Algérie du Nord – notamment ceux de la Kabylie et ceux du Chenoua, avec lesquels l’intercompréhension est immédiate.
Le chaouia est un dialecte spirant comme l’ensemble des dialectes berbères, du Moyen Atlas à la Tunisie. Il fait partie du groupe des dialectes dits « zénète » avec lesquels il partage certains nombres de traits phonétiques et morphologiques caractéristiques et un stock lexical important.
Le premier élément pertinent est un ensemble de traits phonétiques et morphologiques, communs à plusieurs autres dialectes berbères Nord, dont le plus caractéristique est pour le chaouia la spirantisation de /t/ (> [q]), qui aboutit fréquemment au simple souffle (laryngale) [h] ou disparait totalement.
Le second trait, sans doute le plus caractéristique du chaouia, est son lexique ; il reflète la diversité des parlers locaux. Le chaouia est, avec le chleuh, le dernier des grands dialectes berbères dont le lexique reste mal connu et pour lequel on ne dispose pas d’un bon dictionnaire (les outils disponibles : Huyghe 1906 & 1907, sont très anciens et lacunaires).

Si l’on compare le lexique du chaouia à son voisin kabyle, malgré leur proximité géolinguistique étroite (chaouï/kabyle = + 150 termes communs, soit 75% Chaker 1984), on note deux faits marquants :
– Le pourcentage d’emprunt à l’arabe (Dieleman 1994 : 28.5 % et Chaker 1984 : 35%) est inferieur à celui du kabyle (Chaker 1984 : 38 %). En fait plusieurs lexèmes fondamentaux, empruntés à l’arabe en kabyle, sont restés berbères en chaouia.

– L’existence d’un stock lexical commun avec les dialectes dit « zénètes » (Mzab, Ouargla, Chenoua, Rif …) ou de l’aire tamazight (Maroc central).

Développement sociolinguistiques récents et études sur la langue

Du point de vue sociolinguistique, la région des Aurès autrefois relativement discrète est traversée depuis une trentaine d’années par un mouvement d’affirmation identitaire. Mouvement qui s’est traduit à son début, durant la décennie 80, par l’émergence d’une chanson moderne dans laquelle la thématique identitaire est très présente. En quelques années, plusieurs groupes, et interprètes (les chanteuses Dihya, du nom berbère de la Kahina, Markunda, le groupe Your, le groupe « les Berbères », etc.) se sont fait connaître. Dans la décennie 90, cette dynamique s’est consolidée par la création de certaines structures telles que le MCA (mouvement culturel amazigh) regroupant l’ensemble des associations culturelles berbères des Aurès et la Ligue des Aurès pour la Culture Amazighe, ayant pour but l’encouragement de la production culturelle. Depuis lors, on observe un certain nombre de productions et publications réalisées par des associations et des auteurs chaouis dans divers domaines :
– La littérature Djarallah (contes), Hamouda (poésie et littérature féminine) Ounissi (contes, proverbes et poésie), Ajroud (poésie), Khalfa (poésie),
– Le théâtre : Souhali.
– L’histoire : Haddad, Zouzou, et Boulhais.
On notera que la majorité des acteurs de la dynamique berbère dans les Aurès a choisi le caractère latin pour la transcription du chaouia.

Quelques changements récents méritent d’être signalés :

- La création d’une radio locale à Batna à porté limitée (30 Km) d’expression bilingue (arabe/chaouia).

- Une tranche horaire de 1h quotidienne en chaouia sur la chaîne 2 de la radio algérienne (mais son aire de diffusion ne couvre pas la zone chaouie).

- La création d’un journal télévisé complet en chaouia, diffusé tous les quatre jours. Une émission télévisée d’une heure où le chaouia est présent.

- Un enseignement facultatif du chaouia qui semble s’être soldé par un échec.

Parallèlement à ces évolutions touchant la société, un changement sensible s’est opéré dans le domaine universitaire avec l’apparition de quelques travaux scientifiques ; pendant très longtemps, les deux seuls travaux conséquents qui existaient sur le chaouia étaient le recueil des textes d’André Basset (1961) et l’étude syntaxique qui en a été tirée par Thomas Penchoen (1973), qui portent sur le parler des Aït Frah (Nord de Biskra, Aïn Zaatout), parmi les travaux récents, on citera :

– DIELEMAN F., 1994 – Esquisse de description de la langue berbère chaouïa : variations lexicales et phonétiques et investigation sociolinguistique, Maîtrise, Université de Provence.
– GUEDJIBA A., 2000 – Description morphosyntaxique du parler des At Bouslimane du Zalatou, Magister, Université de Tizi-Ouzou.
– GHANES H., 1997 – Attitudes et représentations linguistiques des Chaouia de la ville de Batna, DEA, Inalco.
– MEZIANI M. 1996, Les clitiques en tachawit, DEA, Université de Genève.

[Malek Boudjellal]
sans la permission de l’inalco

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